Comment accueillir que mon plaisir m’appartient

« Cet homme est un mauvais amant, il ne m’a pas fait jouir ! Il ne sait pas s’y prendre, je n’ai eu aucun plaisir »

 

Et si nos insatisfactions sexuelles tenaient aussi de nous ?! Et si nous avions nous aussi notre part de responsabilité dans ces orgasmes manqués ?

Est-il tellement évident que l’homme doive donner du plaisir à la femme ? Cette vision patriarcale de « l’homme qui prend la femme » n’est-elle pas surannée ? Est-ce pour autant juste de voir les choses à l’inverse : « la femme satisfait l’homme » ?

 

Se responsabiliser

Quel sentiment un homme peut-il avoir lorsque sa compagne accepte de faire l’amour alors qu’elle n’est pas vraiment présente pendant l’acte car elle n’est finalement là qu’à moitié et l’autre dans ses pensées ?

Et qu’en est-il pour une femme qui n’a pas atteint son plaisir, dont l’homme jouit et la laisse là seule dans leur lit sans lui adresser un mot pour aller se laver immédiatement après avoir fait l’amour ?

Peut-être ne se sentent-ils simplement pas honorés à leur juste valeur.

 

Si la femme qui n’a pas vraiment envie de faire l’amour assume cela et ose dire non,

si l’homme qui sent qu’elle n’est pas vraiment présente ose lui demander ce qu’elle ressent à ce moment là pour lui permettre peut-être de revenir ici et maintenant et accueille de faire une pause si elle en a besoin,

si la femme ose demander à son homme de rester un peu au lit après l’amour pour simplement être regardée dans les yeux car elle a besoin de se sentir reconnue…

 

Alors nous marchons vers plus de responsabilité. Nous assumons que l’autre ne peut pas prendre en charge nos besoins car il n’est tout simplement pas dans notre tête. Il ne sait pas ce que nous pensons ni ce que nous souhaitons à ce moment précis

On pourra me rétorquer « oui mais c’est du bon sens il/elle devrait bien se douter ». Peut-être oui qu’il s’agit de simple bon sens, mais nous ne sommes pas tous dotés de cette capacité, et quand les émotions s’en mêlent alors nous avons souvent beaucoup de peurs qui se mettent en travers de notre route.

 

Nous pourrons par exemple penser « si je lui dit non, il va mal le prendre », « si je lui demande de rester au lit avec moi il va me dire qu’il doit absolument se laver maintenant »…

Cessons d’interpréter et de répondre à la place de l’autre, assumons nos désirs et nos besoins !

 

Assumons que nous sommes des adultes responsables et que la conséquence si nous n’allons pas au bout de ce que nous souhaitons vraiment, c’est que nous nous manquons de respect à nous même, nous nous « laissons tomber », nous reportons notre frustration sur l’autre qui devient notre « responsable_qui_devrait_pourtant_savoir », et bien souvent nous n’avons pas de plaisir à force de cogiter.

 

Clef : si je pose clairement à mon compagnon pourquoi c’est important pour moi qu’il reste à mes côtés après l’amour, il y a fort à parier qu’il le prendra différemment que si je lui dis seulement « reste ! » (et que je pense « il va bien voir que je suis désespérée d’être seule »)

 

Communiquer sur le thème de la sexualité avec son partenaire n’est pas quelque chose de facile car nous pouvons vite arriver dans le jugement. Et pourtant en parler est indispensable si les compagnons ne veulent pas finir frustrés et aigris l’un vis à vis de l’autre à force d’attendre des réponses ou des réactions à des demandes qui n’ont pas été faites.

 

Nous avons tous besoin de nous sentir reconnus pour ce que nous sommes et ce dès notre premier jour de vie, c’est une question de survie au même titre que boire, manger ou dormir. Si nous avons l’impression que notre compagnon le plus proche ne nous donne pas suffisamment de ces signes là, alors nous nous sentons inévitablement en manque, même si ce n’est pas conscient.

 

Ainsi il est indispensable de savoir se dire des choses positives car elles font un bien fou. J’aime cette proposition du blog La voie du couple qui suggère de prendre un temps à 2 pour se dire tout ce que l’on aime chez l’autre, et je vous propose de l’adapter à votre sexualité.

Installez vous confortablement, dans une ambiance qui favorise votre intimité peut-être avec une bougie, de la musique, peut-être nus. La personne qui reçoit peut être allongée sur les genoux de son partenaire, l’autre peut être assise le dos bien soutenu. Vous devez pouvoir vous regarder dans les yeux. Quand vous êtes installés et disponible pour l’autre, décidez de la personne qui va commencer et commencez à vous dire tout ce que vous aimez chez l’autre. Il peut s’agir de faits du quotidien, par exemple « j’aime quand je vois tes yeux pétiller quand tu me parles de ce projet », « j’aime te regarder cuisiner » ou de sexualité, par exemple « j’aime voir tes cheveux caresser tes seins quand nous faisons l’amour ». Quand vous avez terminé, que vous avez vidé votre réservoir de belles choses à dire, échangez les rôles.

Celui qui reçoit n’interrompt jamais l’autre, celui qui donne se concentre sur tout ce qu’il aime sincèrement du fond de son cœur. Ne cherchez pas à plaire ou à faire bien, le jeu serait faussé et perdrait toute sa profondeur. Ce jeu est puissant, car il permet de laisser émerger des actes qui sont peut-être devenus routiniers et qui prennent tout à coup une nouvelle dimension pour celui qui en est à l’origine.

Quelle joie de se sentir reconnus sur des toutes petites choses aussi! Il n’est donc pas nécessaire de décrocher la lune pour être admiré… 

 

La sauvegarde de notre monde humain n’est nulle part ailleurs que dans le cœur humain, la pensée humaine, la responsabilité humaine.

Vaclav Havel

 

 

Se préparer avant l’amour

Faire l’amour sans préparation, c’est se mettre dans une situation où peut-être nous ferons l’amour en pensant à la liste des courses, aux enfants ou au travail. Une situation dans laquelle nous aurons un mal fou à vivre pleinement le moment présent parce que notre esprit s’envolera constamment vers toutes sortes de dispersions. Et par conséquent une situation où nous ne serons simplement pas présents à notre partenaire, à nos ressentis et nos sensations. Concrètement il y a alors peu de chances qu’une femme ait un orgasme dans ce cas de figure.

 

Faire l’amour sans prendre le temps qu’il faut pour être disponible à soi-même et à l’autre, c’est aussi prendre le risque de faire l’amour pour se défouler, ou pour essayer d’éliminer un mal être en soi ou au sein du couple. Dans un tel cas, le soulagement sera effectivement souvent au rendez-vous, mais au fond les partenaires se sentiront-ils vraiment comblés et profondément unis après avoir fait l’amour ? Ou auront-ils l’impression d’avoir combattu un match de boxe l’un contre l’autre, chacun dans sa bulle et sans s’être vraiment retrouvés ?

 

Se préparer veut dire prendre consciemment du temps pour faire le vide en soi et se présenter à l’autre pleinement ici et maintenant. Si j’ai moi-même mal à la tête de toutes ces pensées qui me tournent dans le crâne, comment puis-je espérer être attentive à ce que mon corps ressent ? Comment vais-je pouvoir me respecter et guider mon partenaire vers ce dont j’ai besoin ou non à cet instant ?

 

Si j’attends que ce soit mon partenaire qui m’aide à faire le vide en moi, que ce soit consciemment ou non, je me comporte comme un enfant blessé qui attend de l’autre qu’il vienne le sauver. La relation est alors biaisée.

 

Si l’on imagine un compteur à notre niveau d’énergie,

  • « 0 » serait le point neutre où nous sommes présents à nous mêmes, juste ici et maintenant,
  • « -1 » serait le stade où nous sommes perdus dans nos pensées avec un film qui défile en permanence dans notre tête et où nous sommes souvent fatigués,
  • « +1 » le stade où nous sommes pleins d’énergie

 

Quand je fais l’amour avec un niveau -1, j’utilise l’énergie de l’amour pour atteindre un stade proche du 0 alors que je pourrais par moi-même arriver à ce stade et profiter de l’échange amoureux pour gagner réellement un niveau d’énergie supérieur.

Le temps de la préparation peut être pris en couple mais il est peut être plus facile de se centrer sur soi séparément. Quelques astuces à essayer :

 

  • Quelques respirations conscientes peuvent être suffisantes pour arriver à faire le vide et à lâcher les pensées envahissantes. La respiration du vagin que je décris dans le 1er point de l’article Augmenter ses sensations sexuelles est très efficace lorsqu’on la pratique régulièrement.

 

  • Prendre quelques minutes pour méditer

 

  • Exercice de l’ascenseur. Fermez les yeux, imaginez que vous montez dans un ascenseur, la porte se ferme, l’ascenseur qui est au niveau de votre tête va doucement descendre au niveau de votre cœur. Respirez… !

 

  • Se concentrer sur l’un de ses 5 sens pour faire le vide. Si je me concentre à 100% sur un son, une odeur, un goût, une sensation sur ma peau, une image ou un paysage, il n’y a alors plus que le moment présent qui est là. Mes pensées se taisent pour laisser la place à la réalité de cet instant.

 

  • Préparer son corps en conscience. Prendre un temps juste pour soi par exemple pour prendre un bain peut-être un temps de préparation si l’on met suffisamment de conscience dans ce que l’on fait. Il est possible de prendre un bain en pensant à sa liste de courses, à son patron et à ses enfants. Il est aussi possible de prendre un bain en se concentrant sur l’un de ses sens, ou en pratiquant la respiration du vagin, ou encore en ne pensant qu’à sa respiration.

 

« Ne cherchez pas le passé ne cherchez pas le futur ; le passé est évanoui, le futur n’est pas encore advenu. Mais observez ici cet objet qui est maintenant. »

Bouddha

 

« Ne juge pas de l’immensité du ciel bleu en le regardant à travers une paille. »

Daishi