3 étapes pour lâcher-prise grâce à nos sens

On entend régulièrement que pour ressentir du plaisir ou atteindre l’orgasme, il faut lâcher-prise, se laisser aller, se détendre complètement et se sentir en confiance… Oui mais, comment ?! Suffit-il de se dire « maintenant je vais me détendre » pour se détendre ? Malheureusement non, à moins d’être entraîné ! Comme beaucoup de nos compétences, celle-ci devra être travaillée et entretenue pour devenir efficiente.

C’est donc un tour de piste d’entraînement que je vous propose ici 😉

 

A l’opposé du lâcher-prise se trouve le contrôle et la retenue qui sont régis par notre mental. Nous avons la chance d’avoir un gros cerveau, incroyable machinerie tellement complexe que nous ne connaissons encore qu’une infime partie de son fonctionnement. Malheureusement cet intellect développé nous dessert lorsque nous sommes confrontés à des situations où nous avons besoin en très grande partie de notre intuition et de nos ressentis, dont la sexualité fait partie.

Quand nous sommes occupés à penser à la journée qui vient de passer, aux soucis ou à ce que notre partenaire ne fait pas comme il faut… et bien nous ne savourons plus ce qui se passe réellement et nous sommes dans le contrôle.

Si malgré cela et contre vents et marées vous faites l’amour ou vous avez un rendez-vous pour faire l’amour avec votre partenaire (voir article « comment faire l’amour même si la libido est en sommeil »), il est important de trouver une parade pour éviter que vos pensées ne vous bloquent dans un espace-temps qui n’est pas celui dans lequel vous faites l’amour maintenant.

 

Pour cela, la première étape est qu’il faut prendre conscience de nos comportements … et ça n’est pas toujours facile. Nous avons parfois des années d’habitudes à composer avec cette donnée. Bien souvent ce sont des pensées qui nous traversent l’esprit qui nous emmènent ailleurs, jusqu’à ce que quelque chose dans l’acte sexuel nous ramène à ce qui se passe au présent. En résumé c’est un peu comme d’être absent de son corps pendant un instant… Souvent nous l’identifions au moment où nous sortons de notre « rêverie ». Je vous invite donc à observer cela et à essayer « d’attraper » un de ces moments-là, à en devenir conscient.

 

Pause - Crédit photo Martin Kenny
Pause – Crédit photo Martin Kenny

Après avoir observé cette situation « sur le vif », la deuxième étape consiste à partager ce ressenti avec votre partenaire et à lui demander une courte pause (dire simplement par exemple « je n’y suis plus, j’ai besoin d’une minute »), le temps de revenir à vous. Ceci sera certainement plutôt facile à introduire si vous êtes déjà dans une démarche de communication et de respect avec votre partenaire. Pour quelques astuces à ce sujet, voir l’article « Renforcer la complicité dans sa sexualité ».

Sans forcément interrompre l’acte, il peut simplement s’agir d’arrêter de bouger, de rester unis en silence.

On pourrait se dire, « oui mais si je fais ça je vais lui couper son plaisir ! ». Mais posez-vous la question : que ressentiriez-vous si vous aviez la sensation que votre partenaire n’était pas présent à ce qu’il fait pendant que vous faites l’amour ? Que penseriez-vous si vous réalisiez qu’il n’était pas pleinement avec vous au moment où vous êtes précisément le/la plus vulnérable ? Ne serait-ce pas une sensation de solitude, de manque de respect, voir d’humiliation ? Ne pensez-vous pas que votre partenaire préfère faire une courte pause pour repartir vraiment avec vous, plutôt que de continuer avec la sensation d’être seul(e) ?

 

3è étape lors de cette courte pause, se recentrer et revenir au moment présent : fermez les yeux et concentrez-vous sur ce que vous ressentez, à savoir ce qui se joue au niveau d’un ou de plusieurs de vos 5 sens à cet instant précis. Il s’agit vraiment ici d’accueillir ce qui est là sans jugement, sans interprétation, sans chercher à ce que ce soit différent. Simplement, ce qui est là tout de suite maintenant.

Les sens à favoriser sont le toucher, l’ouïe et l’odorat. (Il me semble que le goût est moins significatif dans ce contexte mais il pourra probablement parler à certains. La vue quant à elle nous amène une telle quantité d’informations en permanence qu’elle a vite tendance à nous faire remonter dans le mental.)

Cette approche a le mérite d’être très efficace, très rapidement. Habituellement elle permet de revenir à l’instant présent en quelques secondes quand on en prend l’habitude.

 

Une fois que vous avez réussi à revenir au centre de vous mêmes, ré-ouvrez doucement les yeux et faites un petit signe à votre partenaire pour l’informer de votre « retour ». Peut-être un regard, peut-être un mot, un léger hochement de tête… quelque chose de simple et de léger, pour que la rencontre puisse se poursuivre tout naturellement.

 

Douceur - Crédit photo Rachel
Douceur – Crédit photo Rachel

 

Dans cet entraînement vers plus de lâcher-prise, je vous propose d’expérimenter ces différentes étapes avec beaucoup de compassion envers vous-mêmes. Si vous vous auto-jugez ou si vous culpabilisez du fait d’avoir beaucoup de pensées qui vous parasitent,

  • vous ne faites finalement qu’alimenter votre mental qui se fera un plaisir de nourrir les pensées encore et encore,
  • vous vous faites mal alors même que vous êtes en train d’apprendre à vous faire du bien, ça s’appelle être paradoxal(e) 😉

 

Mon conseil est donc le suivant : restez simple et naturel(le) au travers de cette découverte, soyez doux envers vous-mêmes et c’est comme ça que vous apprendrez peu à peu à lâcher-prise et à canaliser facilement vos pensées.

 

“Lâcher prise ne signifie pas ne plus jamais se soucier de personne. C’est réaliser plutôt que la seule personne sur laquelle vous avez vraiment contrôle, n’est autre que vous.”

Deborah Reber

 

Comment plaisir ne rime pas forcément avec excitation

Dans un rapport sexuel tel qu’habituellement pratiqué, l’excitation est au rendez-vous. Le jeu de séduction et l’acte sexuel sont même entièrement articulés autour de cette notion. L’attirance est excitation, l’envie de faire l’amour est excitation, les préliminaires sont censés faire encore monter cette excitation pour qu’enfin soit atteint le but ultime de tout cela : l’orgasme. Cet enchaînement est comme un crescendo, une montée en pression qui a finalement besoin de lâcher brutalement quand la tension est trop forte.

 

Alors que l’acte sexuel se déroule, les corps se tendent de plus en plus et ne rêvent que d’atteindre encore plus de plaisir. Toute l’attention est placée sur la zone des organes génitaux qui monopolisent toute l’énergie disponible car c’est de là que proviennent le plaisir et peut-être l’orgasme. Même si l’on joue à faire monter et descendre l’excitation, et que l’on fait durer le jeu, il est finalement rare de garder une qualité d’attention permettant de savourer chaque instant.

L’excitation peut avoir tendance à nous faire focaliser sur le but à atteindre plutôt que sur le plaisir qu’il y a en chemin pour la simple raison que le corps se tendant, les sensations sont dès lors amoindries. On recherche alors quelque chose de fort, et l’orgasme seul apporte un vrai soulagement. Ce soulagement est brutal et pourra amener la sensation d’être vidé(e), la fatigue voir l’endormissement.

 

Faire l’amour avec excitation, c’est donc comme de se mettre sous stress de façon intense, puis de se détendre brutalement grâce à l’orgasme, quand il vient.

 

On peut se demander d’une part ce qu’il advient du stress de celles (et ceux) qui n’atteignent pas l’orgasme après avoir été très excités…

 

Et d’autre part s’il ne serait pas aussi possible que faire l’amour soit un moment de détente absolue…

Et si on essayait de se détendre, de relâcher nos corps pendant l’amour ? Je ne parle pas de faire « l’étoile de mer » qui serait pour moi une attitude passive et absente, mais au contraire d’être le plus possible en présence de la moindre parcelle du corps que l’on arrive à relâcher.

Se concentrer sur sa détente est un moyen de revenir à son corps et de lâcher son mental, c’est aussi un chemin pour réveiller les sensations des cellules endormies par des années de crispation et de stress. Retrouver du plaisir là où l’on pensait que l’on ne sentait rien et où finalement il y avait simplement besoin d’y aller avec de l’écoute pour soi-même et de la détente… Voilà un moyen de se réapprivoiser un corps qui a parfois préféré se fermer et ne plus rien sentir face au manque d’attention qui lui était habituellement porté.

 

Dans la pratique : caler sa détente sur sa respiration.

Tant avant de faire l’amour que pendant, prendre le temps de faire quelques respiration profondes, peut-être même en synchronicité avec son/sa partenaire. Imaginer à chaque expiration que l’on relâche une zone du corps, en scannant le corps dans son ensemble : les pieds, les mollets, les genoux, les cuisses, le bassin, le sexe, le ventre, la poitrine, la gorge, le visage, le crâne, la nuque, le dos…

Recommencer cet exercice à chaque fois que l’on sent que l’excitation/la tension reprend le pas sur la détente.

 

Et si elle ne se laissait aller qu’aux mouvements très doux et lents que son corps exprime ?

Les mouvements volontaires des jambes et du bassin de la femme (c’est à dire issus de la force de notre mental) ne nous aident pas à avoir du plaisir, ils nous en éloignent. C’est même comme s’ils bloquaient la circulation de notre plaisir.

Par opposition à l’excitation qui amène des attentes de plaisir fort et violent, le plaisir dans la détente est fin et subtil, il vient avec la douceur et l’écoute, sans qu’on l’attende il vient nous accompagner pour s’insinuer partout, nous permettre de relâcher et détendre toujours plus.

 

Aller à la rencontre de son plaisir est finalement un chemin de lâcher-prise. Il pourrait s’agir de se détendre toujours plus profondément, de se laisser aller à ce qui vient sans espérer ni attendre autre chose que ce qui est dans la réalité.

Mais aussi d’avoir confiance que le corps connaît le chemin et peut nous guider si nous accueillons de le laisser agir sans tenter de le contrôler.

Ne rien faire, mais être pleinement avec soi-même, dans l’instant…

 

Aimer se situe bien dans l’ordre du lâcher prise, car il suppose que nous nous laissions habiter, envahie par un sentiment sur lequel nous n’avons aucun contrôle, aucune maîtrise. C’est pour cela que chez certains, l’amour s’accompagne d’angoisses. Celles-ni ne concernent pas la fiabilité de l’autre mais la perte de contrôle, l’acceptation de l’abandon et ce questionnement voué à rester sans réponse : jusqu’où cela mènera-t-il ?

Vivre avec les miens – Jacques Salomé

Comment accueillir que mon plaisir m’appartient

« Cet homme est un mauvais amant, il ne m’a pas fait jouir ! Il ne sait pas s’y prendre, je n’ai eu aucun plaisir »

 

Et si nos insatisfactions sexuelles tenaient aussi de nous ?! Et si nous avions nous aussi notre part de responsabilité dans ces orgasmes manqués ?

Est-il tellement évident que l’homme doive donner du plaisir à la femme ? Cette vision patriarcale de « l’homme qui prend la femme » n’est-elle pas surannée ? Est-ce pour autant juste de voir les choses à l’inverse : « la femme satisfait l’homme » ?

 

Se responsabiliser

Quel sentiment un homme peut-il avoir lorsque sa compagne accepte de faire l’amour alors qu’elle n’est pas vraiment présente pendant l’acte car elle n’est finalement là qu’à moitié et l’autre dans ses pensées ?

Et qu’en est-il pour une femme qui n’a pas atteint son plaisir, dont l’homme jouit et la laisse là seule dans leur lit sans lui adresser un mot pour aller se laver immédiatement après avoir fait l’amour ?

Peut-être ne se sentent-ils simplement pas honorés à leur juste valeur.

 

Si la femme qui n’a pas vraiment envie de faire l’amour assume cela et ose dire non,

si l’homme qui sent qu’elle n’est pas vraiment présente ose lui demander ce qu’elle ressent à ce moment là pour lui permettre peut-être de revenir ici et maintenant et accueille de faire une pause si elle en a besoin,

si la femme ose demander à son homme de rester un peu au lit après l’amour pour simplement être regardée dans les yeux car elle a besoin de se sentir reconnue…

 

Alors nous marchons vers plus de responsabilité. Nous assumons que l’autre ne peut pas prendre en charge nos besoins car il n’est tout simplement pas dans notre tête. Il ne sait pas ce que nous pensons ni ce que nous souhaitons à ce moment précis

On pourra me rétorquer « oui mais c’est du bon sens il/elle devrait bien se douter ». Peut-être oui qu’il s’agit de simple bon sens, mais nous ne sommes pas tous dotés de cette capacité, et quand les émotions s’en mêlent alors nous avons souvent beaucoup de peurs qui se mettent en travers de notre route.

 

Nous pourrons par exemple penser « si je lui dit non, il va mal le prendre », « si je lui demande de rester au lit avec moi il va me dire qu’il doit absolument se laver maintenant »…

Cessons d’interpréter et de répondre à la place de l’autre, assumons nos désirs et nos besoins !

 

Assumons que nous sommes des adultes responsables et que la conséquence si nous n’allons pas au bout de ce que nous souhaitons vraiment, c’est que nous nous manquons de respect à nous même, nous nous « laissons tomber », nous reportons notre frustration sur l’autre qui devient notre « responsable_qui_devrait_pourtant_savoir », et bien souvent nous n’avons pas de plaisir à force de cogiter.

 

Clef : si je pose clairement à mon compagnon pourquoi c’est important pour moi qu’il reste à mes côtés après l’amour, il y a fort à parier qu’il le prendra différemment que si je lui dis seulement « reste ! » (et que je pense « il va bien voir que je suis désespérée d’être seule »)

 

Communiquer sur le thème de la sexualité avec son partenaire n’est pas quelque chose de facile car nous pouvons vite arriver dans le jugement. Et pourtant en parler est indispensable si les compagnons ne veulent pas finir frustrés et aigris l’un vis à vis de l’autre à force d’attendre des réponses ou des réactions à des demandes qui n’ont pas été faites.

 

Nous avons tous besoin de nous sentir reconnus pour ce que nous sommes et ce dès notre premier jour de vie, c’est une question de survie au même titre que boire, manger ou dormir. Si nous avons l’impression que notre compagnon le plus proche ne nous donne pas suffisamment de ces signes là, alors nous nous sentons inévitablement en manque, même si ce n’est pas conscient.

 

Ainsi il est indispensable de savoir se dire des choses positives car elles font un bien fou. J’aime cette proposition du blog La voie du couple qui suggère de prendre un temps à 2 pour se dire tout ce que l’on aime chez l’autre, et je vous propose de l’adapter à votre sexualité.

Installez vous confortablement, dans une ambiance qui favorise votre intimité peut-être avec une bougie, de la musique, peut-être nus. La personne qui reçoit peut être allongée sur les genoux de son partenaire, l’autre peut être assise le dos bien soutenu. Vous devez pouvoir vous regarder dans les yeux. Quand vous êtes installés et disponible pour l’autre, décidez de la personne qui va commencer et commencez à vous dire tout ce que vous aimez chez l’autre. Il peut s’agir de faits du quotidien, par exemple « j’aime quand je vois tes yeux pétiller quand tu me parles de ce projet », « j’aime te regarder cuisiner » ou de sexualité, par exemple « j’aime voir tes cheveux caresser tes seins quand nous faisons l’amour ». Quand vous avez terminé, que vous avez vidé votre réservoir de belles choses à dire, échangez les rôles.

Celui qui reçoit n’interrompt jamais l’autre, celui qui donne se concentre sur tout ce qu’il aime sincèrement du fond de son cœur. Ne cherchez pas à plaire ou à faire bien, le jeu serait faussé et perdrait toute sa profondeur. Ce jeu est puissant, car il permet de laisser émerger des actes qui sont peut-être devenus routiniers et qui prennent tout à coup une nouvelle dimension pour celui qui en est à l’origine.

Quelle joie de se sentir reconnus sur des toutes petites choses aussi! Il n’est donc pas nécessaire de décrocher la lune pour être admiré… 

 

La sauvegarde de notre monde humain n’est nulle part ailleurs que dans le cœur humain, la pensée humaine, la responsabilité humaine.

Vaclav Havel