Comment plaisir ne rime pas forcément avec excitation

Dans un rapport sexuel tel qu’habituellement pratiqué, l’excitation est au rendez-vous. Le jeu de séduction et l’acte sexuel sont même entièrement articulés autour de cette notion. L’attirance est excitation, l’envie de faire l’amour est excitation, les préliminaires sont censés faire encore monter cette excitation pour qu’enfin soit atteint le but ultime de tout cela : l’orgasme. Cet enchaînement est comme un crescendo, une montée en pression qui a finalement besoin de lâcher brutalement quand la tension est trop forte.

 

Alors que l’acte sexuel se déroule, les corps se tendent de plus en plus et ne rêvent que d’atteindre encore plus de plaisir. Toute l’attention est placée sur la zone des organes génitaux qui monopolisent toute l’énergie disponible car c’est de là que proviennent le plaisir et peut-être l’orgasme. Même si l’on joue à faire monter et descendre l’excitation, et que l’on fait durer le jeu, il est finalement rare de garder une qualité d’attention permettant de savourer chaque instant.

L’excitation peut avoir tendance à nous faire focaliser sur le but à atteindre plutôt que sur le plaisir qu’il y a en chemin pour la simple raison que le corps se tendant, les sensations sont dès lors amoindries. On recherche alors quelque chose de fort, et l’orgasme seul apporte un vrai soulagement. Ce soulagement est brutal et pourra amener la sensation d’être vidé(e), la fatigue voir l’endormissement.

 

Faire l’amour avec excitation, c’est donc comme de se mettre sous stress de façon intense, puis de se détendre brutalement grâce à l’orgasme, quand il vient.

 

On peut se demander d’une part ce qu’il advient du stress de celles (et ceux) qui n’atteignent pas l’orgasme après avoir été très excités…

 

Et d’autre part s’il ne serait pas aussi possible que faire l’amour soit un moment de détente absolue…

Et si on essayait de se détendre, de relâcher nos corps pendant l’amour ? Je ne parle pas de faire « l’étoile de mer » qui serait pour moi une attitude passive et absente, mais au contraire d’être le plus possible en présence de la moindre parcelle du corps que l’on arrive à relâcher.

Se concentrer sur sa détente est un moyen de revenir à son corps et de lâcher son mental, c’est aussi un chemin pour réveiller les sensations des cellules endormies par des années de crispation et de stress. Retrouver du plaisir là où l’on pensait que l’on ne sentait rien et où finalement il y avait simplement besoin d’y aller avec de l’écoute pour soi-même et de la détente… Voilà un moyen de se réapprivoiser un corps qui a parfois préféré se fermer et ne plus rien sentir face au manque d’attention qui lui était habituellement porté.

 

Dans la pratique : caler sa détente sur sa respiration.

Tant avant de faire l’amour que pendant, prendre le temps de faire quelques respiration profondes, peut-être même en synchronicité avec son/sa partenaire. Imaginer à chaque expiration que l’on relâche une zone du corps, en scannant le corps dans son ensemble : les pieds, les mollets, les genoux, les cuisses, le bassin, le sexe, le ventre, la poitrine, la gorge, le visage, le crâne, la nuque, le dos…

Recommencer cet exercice à chaque fois que l’on sent que l’excitation/la tension reprend le pas sur la détente.

 

Et si elle ne se laissait aller qu’aux mouvements très doux et lents que son corps exprime ?

Les mouvements volontaires des jambes et du bassin de la femme (c’est à dire issus de la force de notre mental) ne nous aident pas à avoir du plaisir, ils nous en éloignent. C’est même comme s’ils bloquaient la circulation de notre plaisir.

Par opposition à l’excitation qui amène des attentes de plaisir fort et violent, le plaisir dans la détente est fin et subtil, il vient avec la douceur et l’écoute, sans qu’on l’attende il vient nous accompagner pour s’insinuer partout, nous permettre de relâcher et détendre toujours plus.

 

Aller à la rencontre de son plaisir est finalement un chemin de lâcher-prise. Il pourrait s’agir de se détendre toujours plus profondément, de se laisser aller à ce qui vient sans espérer ni attendre autre chose que ce qui est dans la réalité.

Mais aussi d’avoir confiance que le corps connaît le chemin et peut nous guider si nous accueillons de le laisser agir sans tenter de le contrôler.

Ne rien faire, mais être pleinement avec soi-même, dans l’instant…

 

Aimer se situe bien dans l’ordre du lâcher prise, car il suppose que nous nous laissions habiter, envahie par un sentiment sur lequel nous n’avons aucun contrôle, aucune maîtrise. C’est pour cela que chez certains, l’amour s’accompagne d’angoisses. Celles-ni ne concernent pas la fiabilité de l’autre mais la perte de contrôle, l’acceptation de l’abandon et ce questionnement voué à rester sans réponse : jusqu’où cela mènera-t-il ?

Vivre avec les miens – Jacques Salomé

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